O'zons

2017 : Soldats de fortune.



C’est décidé je prends les armes. En l’occurrence ma plume (oui mon clavier, TA GUEULE !), car d’un naturel très lâche je tends vers l’objection de conscience. Je sors donc de ma retraite, (oui je suis très vieux), les footballeurs aussi travaillent jusqu’à 38 ans et personne ne leur dit rien, alors FERME TA CHATTE FILS DE PUTE SUR LA VIE DE MA GRAND-MÈRE JE VAIS TE NIQUER TA RACE ! Euh, pardon, j’ai de légères sautes d’humeur quand je suis sobre. Ah, bravo, j’ai perdu le fil avec ces conneries, je vais me chercher une bière. Donc, c’est en allumant ma télévision, remède illusoire contre un ennui pascalien à tendance existentialiste, que je constatai que la campagne des présidentielles avait commencé, apportant son lot de mercenaires habituels et même de nouveaux prostitués adeptes de la langue de bois et de l’autre langue, inhérente à leur profession.

Il suffit donc de zapper sur les informations pour trouver très vite les petits chouchous de l’élite (sic) médiatique. Finis les vieux rapaces récurrents, ce coup-ci, on a enfin du sang neuf, du jeune dynamique qui va révolutionner la politique : Emmanuel Maquereau. Quoi c’est pas ça ? MAIS JE T’EN… Ah non pardon, c’est vraiment pas ça, c’est donc Macron, jeune : n’oublions pas que 40 ans en France, c’est la fin de l’adolescence ; dynamique : il fait de la langue de bois devant les caméras, et révolutionnaire : il se dit de gauche et fait une politique de droite. Du sang neuf, rien à voir avec les autres éléphants. Comment ça je suis rabat-joie ? Mais qu’est que vous lui trouvez de mieux à ce requin fourbe ? Son franc parler, son charisme et son éloquence ? Vous êtes donc capables de me résumer sa pathétique intervention au JT de TF1, justifiant sa désertion égotique du gouvernement Titanic ? Naturellement, non, car comme moi, vous vous êtes endormi au milieu de la deuxième phrase. On est d’accord, rien de spécial dans son discours, parlons des actes. La loi travail, (baptisée El Khomri, ils pensaient la nommer « loi bouc émissaires », mais c’était un peu flagrant), vous savez celle qui a mis la France dans la rue, qui plafonne les indemnités prudhommales et donne quasiment le droit de vie ou de mort à l’employeur sur son salarié, et bien c’est lui. Sa meilleure idée : les autocars à prix réduits (ouibus et flixbus, dont les prix augmentent progressivement), au lieu de réglementer les tarifs SNCF ou d’augmenter le SMIC, Macron préfère la culture discount : de la merde bon marché, généralisée à la France. Quel talent, quel génie, quel homme, je bande : enfin quelqu’un qui comprend que si les pauvres ne voyagent pas en première classe et n’achètent pas des costumes à 3000 euros, c’est bien parce qu’ils ont des goûts de chiotte.

À droite, le chouchou est lui aussi un jeune dynamique qui veut changer le système. Sicolas Narkozy. Comment c’est pas ça ? Ah, je croyais avoir mal compris, mais on me fait signe qu’il s’agit bien de Nicolas Sarkozy l’ancien président. Celui qui a changé, rechangé, qui est redevenu le même avant d’effectuer une mutation en papillon de lumière, celui qui veut être traité en citoyen lambda, car comme nous tous, quand il est viré pour incompétence et faute lourde, il postule l’année suivante à son ancien poste, tranquillou. L’outsider est lui aussi un petit jeune, effectivement, comme je le disais plus haut, en France on est adulte vers 70 ans et justement, Alain Juppé approche de la maturité. Lui aussi a plein de nouvelles idées sympa, comme justement, généraliser le travail jusqu’à la maturité. Après tout, on a toute la mort pour se reposer, ça tombe bien, ça dure plus longtemps que la vie. Le troisième homme des Ken et Barbie des chaînes infos en continu, est en fait une femme, même si le doute est permis. Mais c’est un secret il ne faut pas le dire, quand ils parlent d’elle, ils prennent un air dégouté de pas y toucher, mais pendant la diffusion intégrale de ses discours, on sait bien qu’en plateau, beaucoup crient « on est chez nous » une main bien tendue en l’air et l’autre dans le slip.

Bien entendu, il faut bien parler des autres candidats, histoire d’avoir l’air objectifs. Et comme toujours il y en a une ribambelle. À l’UMP-RPR-républicains, pour cette élection, le général De Gaulle n’a pas accouché de triplés ni de quintuplés mais bien de décuplés, pas tous très finis, mais au génome sensiblement identique. D’ailleurs ils ne sont pas 10 mais 13, mais je ne sais pas comment on dit, (des treizuplés ?) et puis franchement, Jacques Myard et Jean-Frédéric Poisson...

Au PS, non plus, ce ne sont pas les prétendants qui manquent, mais plutôt la crédibilité. Le chef, éternel optimiste, a pour projet de se représenter. François Hollande est l’incarnation de l’optimisme béat. Quel comique ce Flamby. Il sait qu’il est détesté par la gauche, haï par la droite, que son bilan est, au mieux médiocre, qu’il s’entête à aller dans le mur contre tous et il est content, cet imbécile heureux. Il a autant de chances de remporter la présidentielle, qu’un candidat de Secret Story de comprendre Raphaël Enthoven expliquant la morale kantienne dans un univers exclusivement heideggérien. Mais, après tout, en politique tout est possible. Finalement, affronter ses anciens ministres et un communiste à veste retournable ne devrait pas requérir de bourrage d’urnes pour les primaires et, une augmentation du smic ou autre cadeau fiscal de fin de mandat pour la suite, pourrait rendre l’exploit envisageable. Le problème c’est surtout le deuxième tour. Ainsi, en toute logique, le prochain président sera un jeune mature bordelais libéral, ou une virago peroxydée incompétente et raciste. Ce qui est certain, c’est que je n’ai plus de bière dans le frigo, et ça aussi ça m’énerve.

jeudi 8 septembre 2016