O'zons

LA ROUE DE LA FOUFOUNE



Il existe des émissions dont on ne finit pas de se demander pourquoi elles sont encore à l’antenne. On va encore nous accuser d’avoir un problème avec TF1, mais on n’y peut rien, la plupart passe chez eux. Parmi ces paradoxes de l’audimat, il y a la Roue de la Fortune. Supprimée de l’antenne pendant dix ans, TF1 a un jour décidé que la France ne pouvait pas vivre sans. Présentée auparavant par Christian Morin, le roi de la clarinette et Annie Pujol, la reine du catalogue de La Redoute, nos décideurs, grands connaisseurs des tendances actuelles, ont compris la ringardise de ces deux là et on vite trouvé le duo super-grave-in-trendy : Dechavanne et Victoria. Le premier, grand pionnier de la télé poubelle et des vannes à base de coucougnettes, est apparemment très aimé des Français, vu qu’il présente à peu près toutes les émissions de la chaîne. La seconde, spécialiste des calendriers hot, a la particularité de posséder des nibards plus gros que son cerveau.

On comprend alors très vite que l’intérêt réside plus dans le décolleté de Victoria que dans les règles du jeu le plus con de la télé. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, c’est simple : c’est un jeu du pendu, mais on joue l’argent qu’on gagne en tournant la roue, d’où le nom. Oui, c’est très intellectuel. Et on ne se moque pas, c’est très difficile d’y jouer. D’ailleurs ça se voit, car les candidats n’ont pas l’air d’avoir bien saisi les règles. Car, c’est très dur comme jeu, non seulement il faut trouver des mots qui existent dans le dictionnaire (un gros bouquin avec des mots dedans), mais en plus il faut posséder une culture d’académicien. Pas facile de trouver des citations des grands philosophes stoïciens, telles que : « après la pluie, le beau temps », ou plus épineux : « à quelle heure qu’on bouffe, connasse », il faut aussi une grande culture cinématographique pour résoudre les énigmes de titres de grands chef-d’œuvres du septième art comme Joséphine, Ange Gardien, ou percer le secret ultime de l’identité de la personnalité de la dernière partie, Julie Lescaut. Au-delà de ces grandes interrogations, dont dépend hautement la compréhension de la place de l’Homme dans l’univers infini, il faut aussi savoir supporter le suspense insoutenable du hasard. Car la roue diabolique possède des cases banqueroutes : si le pauvre candidat à le malheur de tomber dessus, on découpe toute sa famille à la tronçonneuse. Ah, on me fait signe que ce n’est pas tout à fait ça… En fait, le candidat perd l’argent qu’il a accumulé au fil du jeu, mon Dieu, mais c’est encore pire !

Après cet exposé, il serait vraiment de mauvaise foi de dire que ce jeu n’a aucun intérêt, et que la transcendance de ses enjeux gravement métaphysiques, n’est qu’un prétexte, pour filmer les seins de Victoria et des candidates, dont on peut quasiment toucher les tétons dès qu’elles se baissent pour tourner la roue, étrangement placée en face de la caméra, deux mètres plus bas. Les deux autres caméras fixes, étant logées à deux endroits stratégiques pour la compréhension et la cohérence de l’action : devant les seins de Victoria et entre ses pieds et son cul. Enfin, histoire de meubler pendant les scènes de sexe, Dechavanne fait son one man show, hilarant, à base de blagues bien graveleuses, pour nous situer dans le contexte et afin qu’on n’oublie pas le fil de l’émission, en trop cherchant à résoudre les énigmes.

De l’autre côté de l’écran, le miracle est accompli, Kevin a eu sa première éjaculation et n’ira pas manifester contre les lois Darcos, Pépé Anselme a oublié que sa retraite était pourrie et Jean-Claude va oublier de penser à se rebeller contre son boss qui l’exploite pour un salaire de merde, trop occupé à penser à de gros nichons et impatient d’aller se finir sur Porn Tube. Mission remplie, le gouvernement peut dormir tranquille et finir son anéantissement de la pensée avec le 20 heures.

jeudi 29 janvier 2009