O'zons

King Guillaume, Le Code A Changé, The Wrestler



Petit changement ce mois-ci, de nouvelles critiques seront ajoutées au fur et à mesure, n’hésitez donc pas à revenir de temps en temps sur le site !

KING GUILLAUME

De PIERRE-FRANÇOIS MARTIN LAVAL. Avec FLORENCE FORESTI, PIERRE-FRANÇOIS MARTIN LAVAL, PIERRE RICHARD, ISABELLE NANTY, OMAR SY…

Guerreland est une île minuscule au large de la Bretagne, ancienne possession anglaise elle fut léguée à un chevalier français en échange de sa trahison. Mais son roi, descendant du chevalier, est mourant. Pour garder l’île il lui faut un héritier mâle. La lettre d’une ancienne conquête lui apprend l’existence de ce dernier, Guillaume, modeste conducteur de train. Il vit une vie pépère avec sa femme enceinte et est un peu naïf. L’émissaire de Guerreland, fidèle à la tradition de traîtrise, va lui faire croire à une île paradisiaque et une fortune incommensurable.

Après le très sympathique Essaye-moi, PEF réussit un coup de maître du comique avec King Guillaume. Une intro hilarante digne de ses idoles, les Monty Python, (jouée par Terry Jones lui-même) ouvre le bal en beauté et annonce la couleur. On était presque morts de rire, la suite nous achève : situations cocasses à l’extrême, dialogues délicieusement absurdes, personnages tout droit sortis d’un asile de fous, et esprit cartoon ravageur. Le casting est impeccable et le travail sur le scénario évite les cabotinages. Le rythme est frénétique : un gag par seconde, prévoir d’aller aux toilettes avant la projection. On peut regretter un dénouement trop mélancolique, mais là encore, la sincérité et la gentillesse de PEF saute aux yeux et son univers s’impose à nous, nous replongeant dans une joie enfantine béate.

LE CODE A CHANGÉ

De DANIELLE THOMPSON, avec KARIN VIARD, DANY BOON, PATRICK BRUEL, MARINA FOÏS, CHRISTOPHER THOMPSON, EMMANUELLE SEIGNER…

Un simple dîner entre amis va changer le destin de chaque invité.

Danielle Thompson, comme à son habitude, nous livre un film choral aux dialogues acides et servi par des acteurs de haut standing. Entre hypocrisies et adultères, elle parvient tout de même à nous faire apprécier des personnages plutôt antipathiques au départ, dès qu’ils tombent le masque. Comme eux, on n’avait pas trop envie de venir à ce « dîner de merde avec des connards » et on en ressort légèrement altéré. Sous ces apparences de superficialité et petites mesquineries entre amis, le film traite du couple, de sa fragilité et de la vie en général, de ses déceptions, de ses coups durs, de son cours doux-amer et de sa fin inexorable. On sourit beaucoup, parfois jaune, on rit parfois, on jubile aussi (en voyant Arditi et Chesnais twister ensemble) ; mais c’est la mélancolie qui triomphe et qui finit par nous toucher au cœur. Toutefois, on aimerait bien aussi que Thompson mère et fils se lâchent un peu dans leur scénario trop carré et insufflent plus de folie et d’audace, et comme le personnage d’Emmanuelle Seigner, mettent un peu leurs « tripes sur la table ».

THE WRESTLER

De DARREN ARONOFSKY, avec MICKEY ROURKE, MARISA TOMEI, EVAN RACHEL WOOD… The Ram(le Bélier) est un catcheur en fin de carrière. Fauché, fatigué par les abus en tous genres. Après un énième combat il apprend que s’il ne décroche pas du catch son cœur pourrait lâcher. Obligé d’oublier sa passion, son retour à la solitude et à l’ennui vont le pousser à s’intéresser à la vie, à chercher l’amour et à renouer avec sa fille.

Darren Aronofsky (Pi, Requiem For A Dream, The Fountain…) ne nous avait pas habitués à ce type de mise en scène. La simplicité est de mise, très peu d’effets, on y retrouve cet aspect documentaire qui gagne le cinéma d’auteur de manière parfois agaçante. Sauf qu’ici, cela sert habilement le récit. Aronofsky et son scénariste Robert Siegel, nous exposent l’envers du décor de ce monde à la fois factice et brutal qu’est le catch, ses petits secrets de polichinelle. Mais au-delà de ça, on nous livre le portrait d’un loser attachant, en lutte perpétuelle contre le désespoir. 1h40 passionnantes jusque dans leur vacuité, émouvantes, parfois drôles, où l’on assiste à la descente aux enfers d’un gros dur à la fragilité désarmante qu’on ne peut s’empêcher d’identifier avec Rourke lui-même, bouleversant d’humanité. À chaque instant, on s’attache un peu plus à ce catcheur, certes pathétique, limite beauf mais terriblement authentique. On a beau savoir qu’il s’engage dans un ratage total de sa vie, jusqu’à la fin inéluctable, que sa vision de la réussite n’est un échec qui était évitable ; sa vision à la fois enfantine et nihiliste, nous contamine par sa sincérité, transformant un suicide égoïste en sacrifice héroïque. The Wrestler nous file un grand coup de bélier en plein cœur.

jeudi 29 janvier 2009