O'zons

PASSION/LINCOLN/SKYFALL



PASSION

(ALL/FRA 2012) De Brian DePalma, d’après Crime D’Amour d’Alain Corneau, Avec Rachel McAdams, Noomi Rapace, Karoline Herfurth, Paul Anderson.

Manipulation, voyeurisme, faux semblants, miroirs, mise en abime. À travers les rapports ambigus de domination de deux working girls publicistes, le maître nous livre ses sempiternelles obsessions, à travers ce qu’il fait de mieux : filmer. Car, finalement, peu importent le scénario, le faux mystère sur l’identité de l’assassin, peu importent les rebondissements improbables qui s’enchaînent, pour pallier une intrigue à la Colombo. Non, une seule chose compte vraiment : la maestria de DePalma. Sa capacité à tout intensifier, à tout sublimer : le jeu sidérant des actrices, semblant subir la tragédie de ce carnage psychologique, livrer le cheminement de leurs pensées, de leurs émotions et la fêlure de leurs masques. De Palma pompe Hitchcock ? DePalma s’auto-parodie ? Évidemment, et comme pour son disciple Tarantino, on s’en fout complètement. Cette appropriation de l’espace, ce sens du rythme, de la lumière, ces split-screens et effets de style surannés et pourtant jubilatoires, il peut les répéter à l’infini, c’est ce qui en fait l’un des meilleurs. Quand il y ajoute cette critique du capitalisme, comme incarnation de l’égocentrisme et de la trahison, la jouissance intellectuelle vient compléter la jouissance visuelle.

LINCOLN

De Steven Spielberg, Avec Daniel Day Lewis, Sally Field, Tommy lee Jones, David Strathairn, Joseph Gordon-Levitt, James Spader, Hal Holbrook… Comment Lincoln a réussi à faire voter l’abolition de l’esclavage ? C’est l’angle choisi par Spielberg pour raconter la fin d’une ère inégalitaire et absurde, où le pays de la liberté, ne l’offrait qu’aux Blancs. On a beau apprécier le fait que Spielberg évite de refaire le Soldat Ryan, on est un peu désarçonné par la lenteur du film, frisant un peu l’ennui dans certaines scènes de vie privée, où les plans très toiles impressionnistes de Steven, accentuent l’aspect artificiel, figé et hors du temps. Il serait pourtant de mauvaise foi de ne pas en reconnaître la beauté. Comme de ne pas admettre et l’érudition des dialogues, mettant en relief l’absolu génie politique de Lincoln, prêt à offrir des postes aux démocrates (au départ, à droite de l’hémicycle) afin d’avoir assez de votes. Passée la première heure en cours d’histoire, de sciences politiques et de droit, oubliées les scènes interminables où Sally Field sanglote, Spielberg finit par accélérer un peu la machine et la mèche s’enflamme enfin : un peu d’humour (pas trop quand même), du rythme et des scènes de discours enflammés servis par des acteurs aussi inspirés les uns que les autres. Très beau film, un peu indigeste quand même.

SKYFALL

(2012 USA/GB) De Sam Mendes, avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem…

Après une mission ratée, James Bond 007 et tout le MI6 sont remis en question. Face à un ennemi dans l’ombre, ayant toujours un coup d’avance, les services secrets anglais seraient-ils dépassés ?

Sam Mendes, sublimé par le grand Roger Deakins, aussi chef op des frères Cohen, nous pond le meilleur 007 de tous les temps. Enfin un film personnel, avec un vrai style, oubliant les papiers calque de Dr No, avec un Bond sirotant son Martini sur une plage des caraïbes avant de sauter des bimbos entre deux exécutions de méchants communistes. Mendes évite les clichés 007, sans pour autant trahir la franchise. Il garde les éléments importants et slalome entre les passages obligés, nous offrant, à travers une symbiose parfaite entre le scénario excellent de Neal Purvis, Robert Wade et John Logan et sa réalisation sublime, un Bond sombre, torturé, humain, perdu dans l’ombre du passé, de sa conscience, de son traumatisme d’enfant, et du temps qui passe. Jouant malicieusement des parallèles entre le personnage et la réalité des 50 ans de la franchise, Mendes, à l’image de Nolan avec Batman, déconstruit et ressuscite le mythe dans un cocktail hallucinant d’action et d’émotion intimiste

dimanche 3 mars 2013