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TONY SCOTT/AVENGERS



NOUVELLES NOTATIONS :

PRESQUE HOMMAGE À TONY SCOTT

On ne pouvait pas ne pas parler de Tony Scott, qui a quitté la planète le 19 août dernier, vers d’autres aventures. On vous livre donc un aperçu de l’ensemble de son œuvre, qui, il faut bien l’admettre n’a pas toujours brillé par sa profondeur mais plutôt, parfois sombré dans les profondeurs. Spécialiste du film d’action bien bourrin, laissant derrière lui bon nombre de nanars, Tony Scott se démarque pourtant des tacherons de Hollywood. Pour deux raisons simples : son style nerveux et épileptique, composé de travellings ultra rapides et de plans coupes fugaces acquis dans la pub, et sa volonté, comme tout bon publicitaire, de réaliser même le plus débile des scripts avec tout le sérieux et le talent possible. Scott est pourtant entré en cinéma avec un film plus art et essai que blockbuster : The Hunger (Les Prédateurs) film de vampires gothique new wave, complètement atypique et un peu chiant avec David Bowie, dont l’inexpressivité lui donnait des airs d’acteur mystérieux et Catherine Deneuve. Constatant que le public avait oublié d’aller voir le film, le réalisateur britannique prit un virage radical avec Top Gun , maestria dans les combats d’avions et comique involontaire dans les dialogues et les postures patriotico-machistes-crypto-gay, sous fond de Moroder. Le public étant pétri de bon goût, le succès est au rendez-vous, ainsi, Scott va enchaîner les bouses à explosions multiples et humour de lycée à commencer par la suite de Beverly Hills Cop (Le Flic…) où Eddie Murphy nous livre un concours de vannes dans un scénar écrit par un gosse de 12 ans. Viennent ensuite Jours de tonnerre où Tom Cruise change son F16 par une voiture de course et refait Top Gun, le nauséeux Revenge , The last boyscout (Le dernier samaritain) avec Bruce Willis qui sort son flingue entre deux explosions et deux blagues potaches. C’est là que Tony se dit que les films d’action c’est sympa, mais que c’est encore mieux avec un scénario. Tarantino lui donne son meilleur film : True Romance et signe les dialogues de Crimson Tide (USS Alabama) , probablement le meilleur film de sous-marins, aidé par les prestations de Denzel Washington et Gene Hackman. Scott a trouvé la formule et l’a reproduite dans Ennemi d’Etat , Spy Game , Man on fire , la série z volontaire et ultra violente Domino et l’excellent Déjà-vu , teinté de SF. Petite régression avec L’attaque du métro 123 . Enfin, il termine avec Unstoppable , son film d’action le plus humain, où les héros sont deux simples ouvriers.

On peut critiquer Tony Scott, on peut trouver ses films simplistes, voire idéologiquement réactionnaires et même être légitimement agacé par son style aux plans saccadés. Ce qui reste incontestable, au-delà de son influence majeure sur le film d’action, c’est son envie d’embarquer le spectateur dans son rythme frénétique et lui faire oublier son quotidien pendant deux heures, c’est aussi ça le cinéma.

THE AVENGERS

USA 2012 de Joss Whedon, avec Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson, Jeremy Renner, Tom Hiddleston et Samuel L. Jackson

Les héros les plus puissants de la Terre s’unissent pour empêcher une invasion extra-terrestre, fomentée par le machiavélique Loki.

On pourrait se dire, au vu de ce pitch laconique de dessin animé, qu’un beau navet se profile. On pourrait d’autant plus s’inquiéter devant l’idée complètement grandiloquente de réunir tous les super-héros des blockbusters de la Marvel en un seul film au risque de faire une démonstration de pouvoirs pendant deux heures, filmés par le créateur de Buffy contre les vampires. De surcroît, si on est lecteur de comics, on peut redouter une nouvelle catastrophe à la Daredevil ou Elektra, voire le pilotage automatique de Thor et Iron Man 2. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Joss Whedon s’en sort bien, même très bien. Dans ce festival d’effets spéciaux (qui perd un peu de sa superbe hors salles), on découvre des Vengeurs crédibles, proches de leurs modèles des comics, humains. Malgré quelques écueils de dialogues un peu surannés, bien que rattrapés par une volonté d’autodérision pour une fois bienvenue à Hollywood, et le ridicule iconique inhérent au genre, hasards « capillotractés » et réactions cartoonesques notamment, Avengers reste un film équilibré, carré et maîtrisé de bout en bout. Vivement la suite.

samedi 1er septembre 2012